#14 – brassé au goût bulgare

Bigre. Une vent d’Est semble s’emparer du rap francophone. De “l’enfer” de Stromae, à “l’odeur de l’essence” d’Orelsan en passant par “Blood Diamondz” de Sniper & Sexion d’Assaut, le son puissant des polyphonies slaves se glissent dans nombre de productions actuelles. Elles y apportent leur harmonie singulière, qui recourt abondamment à l’intervalle de seconde majeure, longtemps proscrit dans les compositions occidentales pour sa dissonance (tout comme le triton, Diabolus in musica”).

Il est ici intéressant de jeter un œil à l’étymologie du mot “bulgare”, qu’on retrouve dans “bougre” ou “vulgaire”, et qui était utilisé dans l’occident pour dénigrer ces peuples de l’Est, considérés comme hérétiques. L’origine exacte de ce mot est incertaine, mais proviendrait peut-être de l’ancien turc “bŭlgar” : “agité, énergique, dérangeant”, terme qui aurait servi pour qualifier ces troupes de cavaliers nomades arrivées d’Asie centrale. Bref, les chants bulgares ne sont pas là pour notre sérénité, mais pour se propager à travers champs, le timbre saturé et toute voix dehors. Leur force frondeuse et leur harmonie alarmante ont peut-être aussi contribué, à leur manière, à ce statut de peuple impie.

Les chants bulgares doivent notamment leur renommée internationale à la création, en 1952, du “Chœur vocal féminin de la radio-télévision d’État bulgare”. L’ethnomusicologue suisse Marcel Cellier les enregistre à partir des années 1960 et publie ces disques sous le nom “Le mystère des voix Bulgares”; un nom que le chœur adopte à la fin des années 1980 à la suite d’un large ce succès commercial en occident. Notons toutefois qu’avant les années 1990, ce style de musique qui était promu par le gouvernement communiste de la “République Populaire de Bulgarie”, n’avait pas forcément la même résonance auprès de la population locale.

Mais sur le marché du hip-hop, ce goût bulgare semble faire recette, et à la suite des chanteurs déjà cités en introduction, un duo toulousain a lui-aussi découpé un bout du catalogue de Cellier pour parfumer un de leur titre d’un peu de poudre des Balkans…

… mais avant l’original, peut-être avaient-ils tous déjà entendu ce morceau de Thylacine en 2015, ou bien celui de Wyclef Jean en 2013, voire celui de Drake en 2009, ou peut-être même celui de Holger Czukay (de CAN) en 1987 ? … Mystère et bulgarie.

La suite demain!

Author: Vincent

Independant R&D engineer and artist, crafting digital instruments for audio/visual live performances, installations and interactive applications. I post some of my works and news on this site.