#6 – l’ascension d’Harrison

Où comment l’élévation spirituelle du musicien anglais commencée à Rishikesh se finira dans la ville des anges…
Comme vous avez sans nul doute regardé l’intégralité de “Ek Duuje Ke Liye” hier soir, vous n’aurez pas manqué la dédicace du producteur au début du film à Maharishi Mahesh Yogi , le “gourou des stars”, avec qui les Beatles (parmi d’autres) tentèrent de s’élever au dessus du nuage de fumée des années 1970, pour y voir un peu plus clair et trouver la paix et l’amour.

 
 

L’Inde, son sitar, ses tablas et sa fleur de chanvre étaient déjà bien présents en 1966 sur l’album “Revolver”. George Harrison s’y essaie au sitar sur le psychédélique “Love You To”, dans lequel il répète ce refrain comme un mantra : “Make love all day long / Make love singing songs”.

Alors certes oui, faire l’amour toute la journée en fumant de la weed dans un ashram perché en haut de l’Himalaya, on imagine que c’est plutôt coolos comme mode de vie, mais intéressons nous un instant au titre “Taxman” qui ouvre l’album de manière nettement plus prosaïque. De retour à Londres après avoir appris le sitar auprès de Ravi Shankar et son taux d’imposition auprès du fisc, Harrison débande tout net de son voyage astral en faisant sa compta, quand il se rend compte que celui-ci lui prend 19 shillings et 3 pence par livre, soit précisément 96 %, comprenez : “it’s one for you, nineteen for me“. Dans sa colère, il écrit une chanson bien cynique pour en parler à tous ses fans. Parce que bon, le pauvre, il est vénère.

Qu’à cela ne tienne! De l’autre côté de l’Atlantique, Junior Parker prend une taf de plus qu’Harrison et une hauteur spirituelle d’avance sur lui, après avoir compris que le business, man, c’est de l’amour. Quatre ans après les Beatles, il sort l’album “Love Ain’t Nothin’ but a Business Goin’ On”, sur lequel figure sa version de Taxman, nettement plus détendue.
 

La quête ascensionnelle de Taxman n’était pas finie pour autant. En 1993, laissant de côté les sarcasmes du texte d’Harrisson, un groupe de hip-hop de Los Angeles finit par comprendre la véritable intention des Beatles, sample la version de Parker Junior, compose une ode au chanvre indien et place ce titre en ouverture de son album (à l’instar du Taxman des Beatles), morceau qui constitue sûrement un point culminant de détente du slip dans l’histoire de la musique du XXème siècle. 
 
Georges Harrisson mourra 8 ans plus tard, à Los Angeles justement. Ses cendres seront dispersées dans les eaux du Ganges, par sa femme Olivia et son fils Dhani, dont le prénom fait référence aux deux dernières notes de la gamme indienne (Sa Re Ga Ma Pa Dha Ni) et qui, par une curieuse coïncidence, signifie également “riche”, en hindi. Trente-cinq années après ce petit souci de comptabilité, voilà donc Georges en paix et libéré de toute taxe.
 

Author: Vincent

Independant R&D engineer and artist, crafting digital instruments for audio/visual live performances, installations and interactive applications. I post some of my works and news on this site.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *