#9 — Talking heads, listening heads

Dans les années 1960, Shirley Ellis rencontre le succès avec des chansons pour enfants à destination des adultes, telles que The Clapping Song en 1965, où le public majeur peut enfin retrouver sa candeur d’écolier·e de maternelle en s’adonnant à des jeux de mains et qu’honi soit qui mal y pense. Tom Waits y fera d’ailleurs référence avec un humour féroce dans sa chanson “Clap hands“, en reprenant non sans délice ce vers d’Ellis: “And they all went to heaven in a little rowboat…

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#8 — Bulletin météoritologique

Durant le mois de juillet 1829, il fait un temps de chien à Paris. Il pleut des cordes: près de 134mm d’après les archives de la station météo Montsouris. Tant mieux, cela évite à Hector Berlioz de prendre l’envie de partir se dorer la pilule au club Med durant ses congés payés, pour la bonne raison que ni l’un ni l’autre n’existent encore, et qu’il fait moche.

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#7 — Labi fait la manne

L’été dernier, mon pote Ollivier nous faisait écouter ce titre dans la voiture. Je regardais la route, toute en virages, et n’ai donc pas pu voir sa tête, mais je le soupçonne fortement d’avoir scruté le moment où j’écarquillerais les yeux, à l’écoute d’un passage dont le sample est tellement flagrant qu’il en parait presque incongru, a posteriori, dans le morceau original. OK, certain·e·s reconnaitront aussi un sample dès les premières secondes, mais nous savons tous que ce n’est pas ce dont il est question…

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#5 — Une page de pub

Dans le paysage de la musique folk américaine, on ne peut passer à côté de la figure d’Alan Lomax, musicien, musicologue folkloriste et collecteur insatiable de musiques américaines, ayant notamment promu des musiciens tels que Robert Johnson, Woody Guthrie ou Pete Seeger. Il commence dès son plus jeune âge sur les pas de son père John Lomax, lui-même musicologue (ainsi que sa sœur Bess Lomax et son frère John Lomax Jr., c’est une affaire de famille) et pionnier dans le collectage des musiques traditionnelles aux USA auprès de la prestigieuse bibliothèque du Congrès.

Alan Lomax enregistrera un nombre considérable de chants de la communauté afro-américaine, jusque dans les prisons et les champs de coton —contribuant ainsi à une meilleure reconnaissance de cette culture, dans un pays encore sujet à la ségrégation raciale. Parmi ses nombreux enregistrements, on trouve ceux-là, extraits du catalogue “Sounds from the South“:

Joe Lee’s Rock” de Willy Jones, dit “Joe Lee” (plus de détails ici):

ou encore “Trouble So Hard” de Vera Hall (plus de détails ici):

Ces voix sont tellement iconiques que les musiques les ayant samplées seront sans doute identifiées dès les premières secondes, pour celles et ceux qui écoutaient la radio ou la TV à l’aube de l’an 2000.

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#4 — Tournez et hurlez

Les années 60 marquent le sommet des Trente Glorieuses et sont un répertoire inépuisable de musiques dansantes et légères, dans lesquelles puiseront gaiement les groupes des trente années suivantes pour chanter la crise et la dépression. On trouve par exemple cette chanson: “Let the Four Winds Blow”, co-écrite par Dave Bartholomew et Antoine “Fats” Domino et d’abord enregistrée par Bartholomew en 1955.

Elle fut également enregistrée par son comparse, quelques années plus tard en 1961, avec déjà un shuffle rythmique plus prononcé:

 

Ce petit shuffle dut rapidement tomber dans l’oreille de l’un des commerciaux de la Pickwick Records, un de ces labels de musique affiliés à de grandes chaines de magasins, pillant les tubes d’artistes auteurs et inondant le marché d’albums low-cost, en faisant souvent ré-enregistrer ces tubes par des musiciens de studio anonymes, et en les vendant sous de faux noms de groupe. Lou Reed y travaillera d’ailleurs un temps à ses début en tant qu’auteur-compositeur anonyme.

C’est ainsi que dès l’année suivante, ce “Let the Four Winds Blow” devient “Yes she knows” interprété par un certain “Tuby Chess and his candy stripe twisters“, ou bien par “Tuby Chess & orchestra“, à moins que ce ne soit par “George Torres And The Twisters” (pour le public latino, vraisemblablement). On pourrait croire à des noms de groupe et des pochettes d’album générés par IA, mais non, on est toujours en 1961 et le business n’a pas 60 ans à attendre. Ne cherchez donc pas la bio de George Torres ou Tubby Chess; ils n’existent qu’en pochette (je n’ai même pas réussi à trouver les noms des musiciens qui jouent sur ces enregistrements). Et au vu de la pochette, on en déduira que même le graphiste était payé au lance-pierre.

C’est justement cet ersatz plutôt que l’original qui sera samplé, probablement à dessein, par un groupe venant chanter la désillusion des années 1990.

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#3 – L’enfer, c’est (encore) eux

Parmi les groupes qui eurent un succès aussi retentissant qu’éphémère, on peut compter sur eux, “Them”, dont l’histoire commence en 1964 avec un certain Van Morisson au chant. Le groupe ne durera vraiment que deux ans, jusqu’au départ dudit Morrison, mais non sans avoir préalablement mis le feu avec quelques titres, dont le plus célèbre reste sans doute “Gloria” , tube entêtant au texte sulfureux. Un autre Morrison aurait tellement aimé écrire cette chanson qu’il l’a d’ailleurs fréquemment chantée avec son groupe, afin de pouvoir la faire durer en live jusqu’à son paroxysme, parce que tout comme le Van, il aimait bien faire ça lui aussi, le Jim.

Deux années pour deux albums au titres efficaces “The Angry Young Them” en 1965 (connu plus simplement sous le nom: “Them”), puis “Them Again” en 1966. Difficile de faire plus concis. C’est sur ce second opus qu’on trouve le titre: “I Can Only Give You Everything”, tout aussi sulfureux pour l’époque:

… ainsi qu’une reprise de James Brown:”Out of Sight”, avant que le chanteur à la chevelure de feu ne disparaisse de la vue des autres membres du groupe pour faire cavalier seul.

Et quand on met ces deux morceaux dans un shaker californien au milieu des années 1990, assaisonnés de blips électroniques pour rectifier le pH, on obtient ça:

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#2 — Une réponse de Lenorman

En 1975, Gérard Lenorman sort ce titre “La Belle et la Bête”, inspiré du conte éponyme et dont les paroles commencent avec ces lignes :

C’est vrai que je suis né d’accouplements immondesEntre une veuve noire et un crapaudToi ta mère est blonde
Et ton père te couvre de cadeauxAutre monde autres façonsLa belle et la bête c’est un conte de féesQui te distrayait quand tu lisais tes illustrés

Mais ce texte possède une signification particulière pour Gérard Lenorman, né en 1945 dans un lieu tenu par des religieuses accueillant des “filles mères” (la sienne avait 16 ans au moment de sa naissance) et de père “inconnu”. Il n’apprendra qu’en 1980, à 35 ans et cinq ans après avoir publié cette chanson, que son père était un soldat allemand, qui s’est enfuit à la fin de la guerre. Les contes ne sont peut-être pas tant des histoires pour enfants que des histoires d’enfants. Mais l’écoute de ce titre vous évoquera probablement autre chose encore, comme un déjà vu…


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#1 — On ne sait pas ce qu’on a avant de l’avoir perdu

Pour commencer ce calendrier de l’avent des samples en douceur et en beauté, qui mieux que celle qui traversa le millénaire en collaborant ou en inspirant des artistes aussi variés que Frank Sinatra, Leonard Cohen, Neil Young, Led Zeppelin, Crosby, Still Nash & Young, Dolly Parton, Joe Dassin, Seal, Prince, Charles Mingus, Keith Jarrett, George MichælBob Dylan, Jeff Buckley, Eurythmics, Slash, Björk, Jacob Collier, James Blake, Peter Gabriel, Manu Catché, Billy Idol, Roger Waters, Jaco Pastorius, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Diana Krall, Brad Meldhau, Nana Mouskouri, Aphex Twin, Tori Amos ou Courtney Love?

Si vous n’avez aucune idée, courez regarder le documentaire consacré à Joni Mitchell, “Woman of Heart and Mind” (ou si vous préférez la radio, the Joni Mitchell Story de la BBC):

Joni Mitchell était aussi connue pour utiliser une grande diversité d’accordage de guitare (plus d’une cinquantaine!). Son titre “Big yellow taxi”, qui alerte dès 1970 de la destruction écologique de la planète —soit deux ans avant le rapport Meadows, se joue sur une guitare accordée en EADGBE. So if you don’t know, now you know. 

Parmi les artistes inspirées par Mitchell absentes de la liste ci-dessus, il en est une qui utilisa à merveille un extrait de “Big Yellow Taxi” dans un titre sorti en septembre 1997 …

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Musigraphies / Pulsar 717

Gladys Brégeon, Fabienne Chemin, Pierre Gallais, Vincent Goudard,
Collectif Ligres : Jérémy Barrault, Laurent Flechier, Sabine Briffox.
Exposition du 20 septembre au 20 octobre 2024.
Inauguration le vendredi 20 septembre à 18h.
 
En résonance avec le festival Pulsar 717
Imaginaires sonores, musiques nouvelles et contemporaines.
concerts du 20 au 22 septembre 2024
voir le programme sur pulsar717.org
Hangar 717 [site]
717 rue du Thizy
69400 Gleizé
 
Snapshot from video 107724404×8 by Vincent Goudard.
Snapshot from video 107724404×8 by Vincent Goudard.